Rendre “akitibogɛ” obsolète : L’histoire du changement et le défi de la nutrition du Ghana

Par Richmond Aryeetey, Université du Ghana

Dans la ville d’Accra où j’ai grandi, il était courant de voir de jeunes enfants qui semblaient beaucoup plus petits que leurs camarades de l’époque. En fait, il existait un surnom pour ces enfants : akitibogɛ qui signifie littéralement “petits et attardés”. Ce n’est que lorsque  mes recherches ont commencé à porter sur la nutrition des enfants que j’ai réalisé que ces enfants  trainaient probablement  les séquelles d’une sous-nutrition chronique, autrement dit d’un retard de croissance. Les enfants qui ont connu un retard de croissance ont un déficit de taille par rapport aux enfants bien nourris du même âge. Plus important encore, le retard de croissance n’est pas seulement un déficit physique. C’est aussi un indicateur important d’autres conséquences néfastes de la sous-alimentation, notamment les déficits cognitifs et comportementaux qui surviennent pendant l’enfance, ainsi que les maladies non transmissibles liées à la nutrition, telles que le diabète.

Malheureusement, la sous-alimentation chronique est très répandue dans le monde.  Même s’il est établi que les connaissances techniques et des ressources suffisantes  existent pour prévenir le retard de croissance des enfants, il apparait que dans le monde, un jeune enfant de moins de cinq ans sur cinq souffre d’un retard de croissance. Le retard de croissance est donc devenu un problème de développement dans le monde. L’Assemblée Mondiale de la Santé s’est fixée comme objectif de réduire de 40 % le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’un retard de croissance d’ici 2025. Le deuxième Objectif de Développement Durable vise également à réduire de manière significative le retard de croissance chez les jeunes enfants.

En 2008 encore, le Ghana été classé parmi les 36 pays  dans lesquels le retard de croissance chez les enfants est le plus important, par les séries du Lancet sur la sous-nutrition maternelle et infantile. Cependant, un grand changement s’est opéré sur cette question. En 2008, on estime que 28 % des enfants souffraient d’un retard de croissance [1]. Toutefois, en 2017, la proportion d’enfants souffrant d’un retard de croissance était tombée à 19 % [2]. D’autre part, on observe des taux anormalement élevés (>60 %) d’anémie infantile, une maladie caractérisée par une insuffisance  de globules rouges fonctionnels. Bien que le retard de croissance et l’anémie aient des causes communes, au cours de la même période, on a constaté une réduction significative du retard de croissance, mais pas des taux d’anémie. Du point de vue de la mise en œuvre du programme, cette énigme est importante et mérite d’être étudiée pour expliquer ce résultat apparemment divergent.

En réponse à cela, l’étude Stories of Change in Nutrition a été lancée au Ghana entre 2017 et 2019 dans le cadre de l’initiative Transform Nutrition West Africa (TNWA). Les méthodes et les résultats de l’étude ont été résumés et présentés dans une note de recherche. En résumé, l’étude a utilisé plusieurs méthodes de collecte de données conformes à la méthodologie de Stories of Change in Nutrition pour identifier les principaux éléments qui expliquent pourquoi, au Ghana, le retard de croissance a diminué mais pas l’anémie au cours de la dernière décennie. L’étude met en évidence les principaux changements intervenus au Ghana au cours de cette période en matière de politique, de programmes, de capacités, de leadership et de couverture des services. Ces changements sont classés sous trois thèmes principaux :

1) Encadrement, production et communication de connaissances et de preuves.

2) l’économie politique des acteurs, des idées et des intérêts ; et

3) Capacité et ressources financières.

 

Pour chacun de ces thèmes, les histoires de réussite ou de défi ont été mises en évidence. Les résultats de l’étude “Stories of Change in Nutrition” fournissent au gouvernement du Ghana des preuves empiriques pour guider ses décisions à l’avenir. Un avenir où il ne devrait pas y avoir d’akitibogɛ, ou  en tout cas, beaucoup moins qu’aujourd’hui.

1] GSS et al. 2009. Enquête démographique et de santé au Ghana 2008

[2] GSS et al. 2017. Enquête en grappes à indicateurs multiples au Ghana